Une certaine rhétorique végétarienne entre considérations fumeuses et culpabilisation

par Jon

Il n’est pas éthique de tuer des animaux pour produire de la viande. Les animaux veulent vivre, nous ne pouvons les priver de vie et de liberté pour un produit dont nous n’avons même pas besoin.

Ce petit texte est un extrait d’une bande-dessinée pro-végétarienne postée par un ami sur Facebook.

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Autant être clair tout de suite: je ne suis pas contre le végétarisme, ou même le véganisme, et d’ailleurs toute position allant dans ce sens est idiote: les gens ont le droit de faire ce qu’ils ont envie de faire, et de manger ce qu’ils ont envie de manger. Point.

De plus, l’argument « Hitler était végétarien » est une stupidité aussi crasse que fausse. C’est un faux argument d’autorité (ou plutôt un anti-argument) qui révèle plus le QI de la personne qui parle qu’autre chose. C’est un exemple de plus de la reductio ad hitlerum inventée par le Dr Strauss (plus récemment on parlerait de ‘Point Godwin’): en conclusion c’est l’argument d’une rhétorique fumeuse.

Je ne suis pas végétarien. Je suis donc un des ces méchants ‘carnistes’ (j’ai appris le mot aujourd’hui dans cette BD justement) qui mangent des cadavres d’animaux, et s’en délectent!

Ce qui m’a dérangé dans cette BD, ce sont plusieurs conceptions idéologiques admises comme étant vraies et évidentes par l’auteur de la BD, mais dont nous n’avons aucune preuve.

Trois exemples de rhétorique absconse

Les animaux veulent vivre

Je ne sais pas. Aucun animal ne m’a dit: « Je veux vivre. » Cette phrase pose comme étant vrai l’axiome (complexe): « Les animaux ont une conscience, ils ont conscience de vivre, ils aiment leur vie, ils veulent continuer à vivre leur vie. » Ils ont certainement conscience de quelque chose (ils font partie du monde et interagissent avec lui, avec nous, ils ont conscience de la douleur, d’un certain degré de plaisir), mais veulent-ils vivre? Ont-ils la volonté de vivre?

Un produit dont nous n’avons même pas besoin

Oui on peut trouver d’autres sources de protéines ailleurs que dans la viande, mais le plaisir dans tout ça? Celui de manger une bonne viande? Les végétariens/ vegans qui me lisent doivent avoir des sueurs froides en ce moment, mais oui, j’apprécie le fait de manger une bonne entrecôte (sauce roquefort). Les pro-animaux oublient peut-être facilement que l’Homme est lui-même un animal, et que les animaux se mangent entre eux. Je ne suis pas sûr que l’antilope déchiquetée sous les crocs de la lionne ne souffre pas. Va-t-on interdire aux lions de chasser les antilopes?

Il n’est pas éthique de tuer des animaux pour produire de la viande

Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas d’autres moyens. De plus, nous venons de voir que l’Homme est aussi un animal, et que les animaux se mangent entre eux. En quoi n’est-ce pas éthique de tuer des animaux pour les manger? Parce que nous leur sommes supérieurs? On peut bien sûr s’interroger sur les façons d’abattre les animaux, etc. Mais c’est un autre débat.

Je suis le méchant de l’histoire (pense le carniste)

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Avant de sortir l’argument hitlérien, le carniste (vous noterez au passage la finesse de la caricature: tous les carnistes sont des cons) se rend compte qu’il serait Le Méchant de l’Histoire.

Petit cours de mauvaise foi: vous voulez avoir toujours raison? Inculquez chez l’autre (celui qui aura tort) la culpabilité de penser autrement que vous. Pour cela, recourrez à un procédé en vogue depuis la naissance de l’humanité: l’argument des Bons contre les Méchants. It never gets old! L’Axe du Bien: le végétarisme. L’Axe du Mal: les carnistes. Notez au passage l’inversion de la rhétorique fumeuse décrite en début d’article: la reduction ad hitlerum se retrouve ici en filigrane, mais dans sa version light: « Je fais partie des bons, des Justes, de ceux qui ne tuent pas. Toi, tu es le mauvais, le salopard qui mange des perdrix et des saumons, et qui en plus en tire du plaisir. Nazi! »

Et si on arrêtait ces discussions à la noix? Et si on acceptait le régime de chacun? Et si les ‘carnistes’ ne faisaient plus de commentaires déplacés sur le régime des végétariens/ vegans (si ça arrive souvent, j’en doute)? Et si les végétariens laissaient les carnistes manger de la viande?

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