Hélas, pauvre Yorick

Par: Jules

Exceptionnellement, et contrairement à notre ligne de conduite dont on se fout, au final, ce ne sera pas d’une citation dont il sera question dans le post d’aujourd’hui, mais d’une image. Samedi, l’ancien cycliste Lance Armstrong a mis sur son compte Twitter une vidéo qui le représente allongé sur un sofa, à contempler ses sept maillots jaunes qui lui ont pourtant été retirés il y a quelques jours par la fédération internationale de cyclisme. S’étant dopé comme un porc durant ses tours de France, il a tout perdu. Mais vraiment tout perdu, le type: ses titres, la reconnaissance de ses sponsors, du monde du sport, des journalistes, des sportifs… tout le monde lui a tourné le dos. J’avais été surpris d’ailleurs par la violence des propos que j’avais entendus à la radio au sujet d’un gars qui finalement doit être arrivé là où il en est par le résultat de toute un engrenage. Elle ne me rappelait rien de moins que ceux qu’on tenait sur Mohammed Merah, sans rire. Il y avait une dimension de bouc émissaire sur lequel Jon ferait toute une logorrhée renégirardienne. Or j’imagine mal (cette petite fouine de) Rafael Nadal ouvrir une fondation pour lutter contre le cancer, par exemple. Lance Armstrong en a fondé une. Peut-être pour se racheter une conscience, mais quand même.

Je la trouve magnifique, cette séquence, car elle veut à la fois tout et rien dire, elle possède ce degré d’interprétation équivoque qu’ont toutes les grandes ouvres d’art. La majorité des gens la voient comme une provocation, une façon de dire « je vous emmerde, j’ai quand même gagné, nananananère, et après tout il me reste encore assez d’argent pour me prélasser dans mon sofa ». « Je suis encore un chêne », diront les lettreux.
Et si finalement, Lance n’avait rien compris ? S’il considérait, ce qu’on est tenté de croire en voyant ce passage, qu’il profite du repos du guerrier après avoir pédalé (c’est le cas de le dire) toute sa vie. Il est au top dans un monde qui l’a lâché et qui maintenant lui crache à la gueule, mais il est au top malgré tout. Ceci n’est pas sans rappeler l’une des plus formidables oeuvres de tous les temps. Quelqu’un de médiocre, au sens étymologique du terme, qui vit sa vie en chevauchant comme dans un rêve alors que cette vie n’est qu’un aride cauchemar.
Réécrivons l’histoire, la littérature est aussi faite pour ça, après tout:  » En un village de la Manche, du nom duquel je ne me veux souvenir, demeurait, il n’y a pas longtemps, un gentilhomme de ceux qui ont lance au râtelier, targe antique, roussin maigre et levrier bon coureur… » Tout cela n’est qu’un rêve, notre vie n’est qu’une chimère. Lance a gagné, Lance a perdu, qu’est-ce que cela importe ? Si pour lui il a gagné après tout ça, alors il a mérité ses maillots. Qu’il les garde, et merci Lance de nous montrer que tout ça c’est du vent.

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Faites donc taire les enfants! (ou de l’antisexisme comme tartufferie)

Par: Jon

Mais qu’ont-ils fait! Qu’ont-ils osé écrire! Des instituteurs ont demandé à des enfants de composer un dictionnaire, donnant leurs propres définitions de notions sacrilèges dans notre société post-sexiste comme ‘maman’, ‘papa’ ou ‘ménage’. Et ne voilà-t-il pas que ces petits saligauds (il n’y a pas d’autre terme) se sont empressés de se vautrer dans un étalage de clichés sexistes (dixit Métro, Le Point, etc.)! C’est Najat Vallaud-Belkacem qui a dû se retourner dans son lit Louis XVI du ministère des Droits des Femmes (car elles en ont, aussi – oui, oui).

Une photo des coupables. La police serait en ce moment sur leurs traces.

Ainsi, un journaliste indigné (comme il faut l’être depuis que le maître à penser, Stéphane Hessel, nous l’a ordonné) travaillant à Métro nous donne à lire ces ignobles définitions. Une mère serait donc, selon ces petits enfoirés (n’ayons pas peur des mots, nous combattons ici la bête immonde!), une « femme qui a des enfants. On l’appelle maman ou mamounette. » J’ai presque honte de reproduire dans cet article ces mots tristement ‘sexistes’. Et un père? « C’est le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d’enfants. C’est le chef de famille parce qu’il protège ses enfants et sa femme. On dit aussi papa. » Je m’étoufferai presque devant tant de réactionnisme! Vite, allons lire un peu de Libération, histoire de se purger le cerveau… ah, ça va mieux.

Quant au ménage, la définition donnée par ces sacripants réactionnaires est la suivante: « Tous les dimanches, ma maman fait le ménage: elle rend la maison propre. » Tant de sexisme d’un seul coup, je ne tiendrai pas jusqu’à la fin de la soirée. J’attends un communiqué AFP de Caroline De Haas, l’ancienne porte-parole de l’association Osez le féminisme! et conseillère de Najat Vallaud-Belkacem (et actuellement en mission auprès de tous les membres du gouvernement pour leur apprendre que le sexisme, c’est mal) pour me dire quoi penser.

Comme si ces petits enculés (disons-le franchement, mais sans animosité aucune envers les adeptes de cette pratique, bien sûr – je ne voudrais pas que l’on croit que je suis réactionnaire!) voyaient chez eux ces modèles! Enfin, une mère qui fait le ménage, qui serait une femme de surcroît, et leur père, un homme, qui serait le chef de famille! On n’est pas loin du Travail, Famille, Patrie de Vichy! Tout cela nous rappelle lesheureslesplussombresdenotrehistoire, moi j’vous l’dis.

Heureusement que le Ministère de l’Education Nationale a enlevé ce dictionnaire du Net. D’aucuns seraient tentés de parler de censure. Mais non! Il faut simplement remettre les choses dans l’ordre, au bon endroit. Et que ce qui dépasse soit tout simplement éliminé. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser traîner tant de stéréotypes sexistes, passéistes et tout simplement nazis (allons jusqu’au bout des choses, merde!) dans un dictionnaire à la portée de nos chères têtes blondes, brunes, rousses, bouclées, crépues (mais jolies quand même) et chauves (on les oublie parfois).

A quand un programme de rééducation d’éducation dans les écoles? Je pense qu’il serait bien plus simple d’enlever les enfants à leur famille le temps de leur éducation afin de leur apprendre ce que c’est que penser. Et penser bien, surtout. Tout comme Mme Vallaud-Belkacem et Mme De Haas. Ça nous éviterait de devoir un jour relire ces définitions ignobles aux relents des années 30.

Je voudrais enfin remercier le travail d’investigation des journalistes chargés de cette triste affaire, qui ont su s’émouvoir du sordide sexisme de ce dictionnaire. On en aurait rien su sans eux. Grâce leur en soit rendue.

La brillante idée de la semaine

Par: Jules

« Aujourd’hui, ces manuels [scolaires] s’obstinent (sic) à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbien, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre comme Rimbaud. »

Voici ce qu’a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes dans une récente interview accordée au magazine Têtu. Le projet évoqué consiste à indiquer dans les manuels scolaires l’orientation sexuelle des auteurs présentés. La preuve d’une bêtise aussi crasse ne laisse pas de m’inquiéter, pour de multiples raisons.
La première, la plus évidente, porte simplement sur l’utilité d’un renseignement comme celui-là dans le cadre de l’étude littéraire du texte proposé. Un texte, une fois jeté sur le papier, n’appartient plus à son auteur, il en est séparé comme le fruit, une fois tombé, diffère de l’arbre. En quoi le fait que l’auteur soit homosexuel apporte t-il un quelconque éclairage ? Ce que sécrète un texte, le carrefour des sens et des interprétations possibles est bien en dehors des considérations biographiques. S’y raccrocher pour expliquer le texte, comme celui qui se raccroche aux branches en tombant de l’arbre, c’est justement montrer qu’on veut éviter le texte et qu’on est incapable de l’expliquer. Soyons honnête: la majorité des élèves actuels sont incapables de situer les auteurs, de remettre convenablement tel écrivain dans son contexte historique ou dans un courant littéraire. N’est-il pas plus utile d’insister (encore) là-dessus au lieu de pointer du doigt telle curiosité ?
Car il faut en convenir: cela est vu comme une curiosité, visant davantage à appâter l’élève avec un fait croustillant, bien qu’inutile, qu’à apporter un éclairage significatif sur le texte étudié. « Donc ce poème de Rimbaud, célèbre dramaturge homosexuel des Lumières… », et pourquoi pas « l’incipit du Voyage au bout de la nuit, grand poème humaniste de Céline, qui était nazie, le saviez-vous Monsieur l’examinateur ? » … Oui, si vous vous marrez, c’est que vous n’avez jamais fait passer d’oral du bac de français. La seule chose qu’ils retiendront de Verlaine, c’est que ce salopard a quitté sa femme pour Rimbaud, ou de Gide, c’est qu’il aimait bien les petits garçons. On reste dans l’air du temps, où tout ce qui marque doit être original. Le petit fait vrai (ou non, d’ailleurs) prévaut sur l’argumentation solide, sur la connaissance, comme si celui-ci sous-entendait celle-là.
En plus de rendre amusant ces écrivains, en les tirant de leur poussière dans laquelle ils moisissent depuis des siècles, montrer leur orientation sexuelle les rend forcément plus proche, plus concret. Et la proximité, c’est important; forcément: il faut « banaliser ce fait », pour reprendre les termes de notre chère ministre. Ca c’est intéressant: s’il faut banaliser le fait, c’est qu’il n’est pas b anal. En d’autres termes, c’est comme si on disait: « voyez, vous n’êtes pas si anormal que ça ! Même Mauriac il aimait se faire enfiler, et même que Verlaine il roulait à la voile et à la vapeur. Donc soyez rassuré: vous êtes normal ». L’histoire littéraire aussi donne dans le social, car tout est social, tout est fait humain et il n’y a pas de normalité ou d’anormalité ! Ben voyons. Je serais homosexuel, je le prendrais plutôt moyennement bien, quand même, comme si la caution de Rimbaud me permettait de légitimer mon orientation sexuelle. Les auteurs tristement normaux, du coup, vont voir leur côte de popularité fondre au soleil. Genet est bien plus fashion que Bernanos, et Foucault plus intéressant de ce rabat-joie de Kant, après tout.

Alors que penser de cette suggestion ? A mon humble avis, que c’est une connerie. Mais que cette stupidité montre justement l’inverse de ce que la ministre prétend faire: à tout dissocier sous prétexte d’égalité, on nivelle  on confond des choses qui n’ont rien à faire dans le débat. Cela montre aussi que la question de l’orientation sexuelle est encore un problème, stigmatise encore des peurs et des questions. Et au lieu de parler, simplement de parler, on légifère, on isole par des règlements et des propositions de loi, on mon(s)tre. Et cela me paraît assez inquiétant.

La maison qui rend fou

Par: Jules

« Mais c’est dommage, la gestionnaire est en congés jusqu’au 12 Novembre, elle pourra vous faire un acompte, peut-être, à ce moment-là. »

Je suis en vacances, c’est cool. Une semaine sous la flotte du sud, avec zéro copies, zéro réveil, zéro élèves… Juste rien à faire. Voir les potes, faire du piano, vidanger les vieilles affaires qui traînent dans ma chambre d’ado, écrire…
Ca fait du bien, après deux mois qui n’ont pas forcément été très reposants. Avec Elle, on a fait moitié-moitié. Elle voit ses parents de son côté et moi du mien la première semaine, on se retrouve la seconde. C’est une solution comme une autre.

Bref, des vacances qui auraient pu bien se passer si elles n’avaient pas été ternies par un « léger problème »: je n’ai pas été payé au mois d’Octobre. Eh oui, c’est chiant, n’est-ce pas ? A l’origine, personne n’y est pour rien, soi-disant. « Un problème informatique auquel je n’ai pas accès ». Ben voyons. Z’imaginez la tête du salarié moyen, fonctionnaire ou non, à qui on annonce qu’il se serrera la ceinture à cause d’une erreur informatique.
J’ai envie, dans ces cas-là, de déployer toute la mauvaise foi dont je suis capable, de leur dire que c’est une honte de traiter les gens comme ça (check), que leur propre dossier devait être, quant à lui, correctement verrouillé depuis longtemps (check), d’aller gueuler comme un putois et leur lacérer la gueule à coups de chaîne de vélo rouillée (uncheck), payer (ah ben non, je peux plus) un hacker pour mettre le bordel dans leur système informatique pour qu’ils aient de BONNES raisons de chouiner (uncheck, pour le moment)… Fin de non-recevoir: « allez vous plaindre au recteur ou au ministre, nous on peut rien faire ».
Je comprends mal ce mépris qu’on peut avoir vis-à-vis des gens. En gros, mon p’tit Jules, soit tu te débrouilles par tes propres moyens, soit tu prends ta clarinette pour faire la manche. D’ailleurs, chers amis lecteurs, je vous transmets mon RIB par mail avec plaisir. Je prends les cartes bleues, les chèques avec une carte d’identité, les virements Paypal, le liquide par coupures de 500 euros… On peut toujours s’arranger.
Vous avez raison, ce n’est pas grave, évidemment. Y a des Haïtiens qui ont tout perdu, des Syriens qui se font tirer comme des lapins…Je vais pas faire chier avec mon petit nombril blessé dans son amour-propre alors que même pas y a de raison.
Mais quand même. fait chier, quoi.

La conjuration des antisémites: rassemblement de cons sur Twitter

Par: Jon

#UnBonJuif est un juif mort.

Hier soir, alors qu’à la télévision on pouvait (re)voir La Rafle, sur Twitter se déchaînaient les plus gros cons de France. Et je reste poli. Sous le hashtag #UnBonJuif, nombre de jeunes imbéciles se sont crus autorisés à épancher leur haine des Juifs, créant de ce fait un concours de celui qui a la plus crade (je ne citerai pas dans cet article les immondices lues sur Twitter, on peut les trouver autre part).

Ce matin, SOS Racisme porte plainte (bien qu’il soit apparemment difficile de porter plainte contre Twitter) mais les ‘twittos’ ne semblent pas comprendre la gravité de leurs propos et se réclament de l’humour. « Si on le fait à Charlie Hebdo, on peut le faire sur Twitter non? »

Sauf que je ne crois pas que dire « Un bon arabe, c’est un arabe mort » soit de l’humour. De même, « Un bon noir, c’est un noir mort » ne me fait pas hurler de rire. (Sans vouloir tomber dans la reductio ad hitlerum, je pense que ces « vannes » font sourire la famille Le Pen, en sus de ces Twittos avides d’égalité devant Charlie Hebdo.) Faire une caricature de Mahomet, ce n’est pas se marrer à coup de ‘lol’, de ‘mdr’ et de jeux de mots antisémites sur les fours crématoires.

Ce hashtag a un mérite (le seul): celui de montrer sur la place publique l’étendue de la non-pensée de certains jeunes français aujourd’hui, et de leur antisémitisme profond. Tous les clichés des années 30 sur les Juifs peuvent se retrouver dans ces Tweets, avec en plus une insensibilité choquante en ce qui concerne la Shoah.
Qui blâmer pour cette inculture crasse? Les parents? L’école? La société de manière générale? Ou bien rien n’a changé depuis ces mêmes années 30, justement? Je me pose la question: est-on en train de revivre le début de l’horreur?

« Le Point » final: DSK, oublie-nous et tire-toi

par: Jon

« J’ai été naïf, pour ne pas dire plus. Ce qui est valable pour un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ne l’est pas d’un homme politique ».

ImageDSK ne comprend décidément rien à rien. Il se confie dans le nouveau numéro du Point, d’où est tirée la phrase mise en exergue de cet article. Préparant son retour sur la scène publique (mais l’a-t-il un jour véritablement quittée, cette scène?), DSK croit comprendre qu’il doit d’abord demander des excuses à sa femme aux Français. Car monsieur Strauss-Khan pense avoir « causé une double déception aux Français et [il] le regrette ». Personnellement, je n’ai pas été déçu car je n’attendais RIEN de la part de DSK. Professeur d’économie, directeur du FMI, il aurait été identique à son homologue droitier, M. Sarközy de Nagy-Bocsa. J’ai bondi lorsque je l’ai entendu sur le plateau de Claire Chazal (quand il a essayé de s’excuser pour la première fois, sans succès) évoquer le cas de la Grèce: mais qui était directeur du FMI quand la Grèce s’est effondrée? Comment M. Strauss-Khan ose-t-il ne serait-ce que parler des Grecs alors qu’il est l’un de ceux qui ont contribué à détruire le système public grec, grâce à la machine destructrice qu’on appelle Fonds Monétaire International?

Pour revenir sur l’infâme phrase prononcée par DSK dans le Point, je voudrais m’adresser à celui qui ne lira probablement jamais ces lignes:

Non, M. Strauss-Khan, ce n’est pas votre comportement libertin qui aurait dérangé les Français car ils n’accepteraient pas cela d’un de leur dirigeants tout en l’acceptant chez « un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ». Non, ce que le monde n’accepte pas c’est le viol, l’agression sexuelle, la prostitution et la marchandisation des corps. C’est cette morgue que vous continuez à porter sur vous et qui est une insulte à celles qui ont souffert de ce genre d’agression. C’est votre regard vide dans cette photo qui orne la couverture du Point et qui peine à cacher cette âme si sombre qui me donne la nausée.

Enfin…

« De toute façon, moi, plus ça va, plus j’en ai rien à foutre »

Ca y est, depuis le temps qu’avec Jon on se disait, entre deux pintes, qu’il serait temps de se secouer les fesses et de remettre le blog sur les rails. Depuis les semaines, qui sont devenus des mois, que l’on me charrie sur nos belles résolutions que j’avais tenues au début. « Il est en train de mourir, ton blog », que j’entendais de la bouche perfide et féminine (forcément) de celle qui partage ma vie.
Mais non. Que nenni, nous revoilà, plus motivés que jamais. Finalement, c’est comme un footing: le plus dur c’est les dix premières minutes.
Il faut dire qu’entre mon dernier billet et celui-ci, en direct de mon nouveau bureau, pas mal de choses ont changé dans ma vie: j’ai déménagé à 900 kilomètres de là où je vivais, j’ai changé de lieu de travail, je me suis installé avec Elle, j’ai changé de piano, j’ai commencé la clarinette… Ca en fait des choses, et donc forcément, avec la foultitude de choses que j’ai eu à faire, ma vie virtuelle en a forcément pâti. Et c’est plutôt une bonne chose, finalement, à l’exception de ce blog auquel je tiens vraiment, contrairement à ce que laisse croire ce long silence.
Donc pour reprendre, il me fallait une phrase choc. Genre une phrase choc (les moins de 35 ans comprendront), et cette phrase choc, c’est l’un de mes nouveaux collègues qui me l’a offerte ce midi au moment du caféclope (en un seul mot, oui) de l’après-déjeuner. Evoquant les rapports pas toujours simples, voire houleux, que peut entretenir un prof avec ses collègues, les élèves, les parents d’élèves… et les divers conflits de culpabilité que cela peut engendrer, celui que j’appellerai Eric a sorti cette phrase lourde de rancœurs, qui m’a rappelé par ricochet une autre expression lue sous les doigts d’une connaissance, qui parlait « des gens qui s’arrangent avec la vie ». L’image m’avait plu, je m’imaginais en train de discuter le bout de gras avec la Faucheuse, comme le fait le mourant de la Fable. S’arranger avec la vie, ou n’en avoir plus rien à foutre, c’est admettre que ce qu’elle nous a apporté n’est pas en cohérence avec ce qu’on lui demandait, sous une forme ou une autre. Que ce soit un boulot qui nous emmerde, une bonne femme qui nous tape sur les nerfs, des enfants ingrats, ou arrivés trop tôt ou trop tard, ou pas d’enfants du tout, ou une sale maladie de merde qui nous emporte, un accident qui nous paralyse, ou autre circonstance venant d’une certaine manière freiner ou ralentir les aspirations que nous nourrissions. Dans une certaine mesure, n’en avoir rien à foutre est une forme de sagesse, qui consiste à s’estimer au-dessus de tout ça, à relativiser et se dire que rien n’est grave, dans l’absolu,et que de toute façon, ça pourrait être pire.
Ce n’est pas comme ça que je l’ai entendu, ou ce n’est pas comme ça que cette assertion m’a trotté dans la tête au point de devenir le point de redémarrage de ce blog.
Finalement, notre vie est une succession de choix, du plus anodin (« un p’tit café ? Un thé ? ») au plus crucial (« J’en ai marre du téléphone, je veux m’endormir dans tes bras tous les soirs, tu veux me rejoindre en région parisienne ? »), et faire de ce long fleuve tortueux une suite d’arrangements (de rangements vers) est le meilleur moyen pour justement ne toucher aucune des bornes importantes de se vie. Dire que l’on en a rien à foutre est une antiphrase pour dire « j’ai laissé courir et je m’arrange comme je peux ». A bientôt quarante ans, cher Eric, on a encore près de la moitié de sa vie devant soi, alors non, tu n’en as pas rien à foutre. La bannière de ce blog est remplie de gens qui en ont eu quelque chose à foutre. S’il vous plaît, lecteurs, ne lâchez rien, ou le moins possible.

Histoire de Benz

Le premier pilote automobile était une femme. Voilà, c’est dit. Bertha Benz, la femme de Carl Benz, ingénieur automobile, fut la première à croire en l’invention de son mari et à parcourir une grande distance sur un véhicule  motorisé.

Au-delà de l’anecdote, c’est l’image du départ de Bertha Benz qui m’a interpellé. Lorsque l’on regarde attentivement ce cliché, on a l’impression que ce n’est pas la « réalité » mais une scène de film, comme si des acteurs rejouaient ce moment historique (dans l’histoire de l’automobile). Le petit sourire de Bertha et son regard en coin, l’air amusé du jeune homme qui est à l’avant, jusqu’au « décor » qui semble être en carton-pâte… Et pourtant cette photo est véritable.

Jusqu’à quel point la révolution fictionnelle que le cinéma a apporté a-t-elle modifié notre façon d’appréhender la « réalité » (« réalité », mot qui doit toujours être mis entre guillemets, selon Nabokov)? Juge-t-on aujourd’hui le réel à l’aune du fictionnel? Est-ce encore un symptôme de l’Age de la Fiction Universelle? Et surtout, que gagnons-nous et que perdons-nous à cela?

Je de dés

Par: Jules

« The new worries are about black holes, which, according to some variants of string theory, could appear at the collider. That possibility, though a long shot, has been widely ballyhooed in many papers and popular articles in the last few years, but would they be dangerous? (…) As a result, Mr. Wagner and Mr. Sancho contend in their complaint, black holes could really be stable, and a micro black hole created by the collider could grow, eventually swallowing the Earth. »

Une fois n’est pas coutume, une citation en anglais que ma honte de traduire maladroitement, surtout auprès de Jon qui ne manquerait pas de se moquer de moi en riant et en me montrant au doigt avec son rire sardonique de sale pute défoncée au crack qu’il peut être par ailleurs, le charmant garçon; mais dont vous saurez sans difficulté saisir le sens, cultivés comme vous l’êtes, tout comme les lecteurs des Inactuelles. Ce passage est extrait d’un papier du New York Times daté du 29 mars 2008 qui traitait d’une plainte déposée en Amérique pour prévenir les expérimentations physiques faites dans le LHC (Large Hydron Collider), accélérateur de particules géant (27 kilomètres de diamètre, le bouzin, quand même) mis en route fin 2008, qui a pour but de recréer artificiellement les conditions du Big-Bang originel et de comprendre comment ça marche, tout ce bordel.
A ce sujet, et puisque j’aime les digressions qui font chier les lecteurs, m’inscrivant ainsi dans une longue tradition littéraire, de Cervantès à Sterne ‘avez-vous lu Tristram Shandy  à cet égard ? C’est un livre merveilleusement, divinement, génialement chiant, la métaphysique du chiant poussée à son point le plus ultime. Sublime.), tandis que je fêtais le mariage d’un couple d’amis ce week-end tout en me réjouissant des vacances qui s’approchaient et de la vie en général qu’elle était assez belle, finalement, les physiciens du monde entier étaient sur les dents parce qu’on a enfin découvert et observé cette particule jusque là complètement virtuelle et mathématique échafaudée par l’équipe du physicien britannique Peter Higgs: le boson de Higgs. En gros, puisque le photon est une particule, pourquoi n’a t-elle pas de masse ? Si on admet, et c’est ce qu’on admet sans l’avoir démontré jusque là, que c’est ce fameux boson de Higgs qui, s’intercalant avec toute particule existante, permet de lui donner une masse et qu’il n’y aurait aucune interaction boson/photon, par conséquent ceci expliquerait l’absence de masse de notre photon.
C’est pas con, quand même, et stupéfiamment (je m’en fous, la langue est vivante) bien vu, une intuition remarquable mais il fallait la prouver. Sans preuve, l’expérience est tchiiii, comme disent les élèves. Et cette semaine, les physiciens du CERN ont enfin donné raison à Higgs et son équipe. Ou presque, on ne sait encore précisément ni s’il existe, ni quelle est sa masse.
Et l’univers des possibles reste ouvert une fois cette hypothèse confirmée. J’en arrive enfin à la citation proprement dite. L’argument des plaignants était que dans la mesure où l’on ne connaît pas précisément les objets sur lesquels on travaille, il y avait des « worries about the black holes » qui pourraient engloutir en quelques instants notre bonne vieille Terre. A la limite, on se demanderait presque, et ce serait une question à poser à un physicien, ce qu’il adviendrait de moi, de mon ordi et de ma bière (santé !) ici présents le cas échéant.
Seulement comment le savoir si on ne teste pas ? Il y a peut-être un risque à bosser sur des particules élémentaires, mais cela n’en vaut-il pas la peine ? Ce risque n’en vaut-il pas le coup ? Dans la mesure où toute la préhension de la structure de l’univers risque d’en être bouleversée, l’appréhension est-elle de bon ton ? Je ne veux pas dire qu’il faille faire n’importe quoi, évidemment, les techniciens de Tchernobyl ou de Fukushima l’ont payé assez cher. Et les découvertes de la physique du début du XX ème siècle n’ont pas inspiré que les meilleurs sentiments. Seulement si la tête est bien faite en plus d’être bien pleine, voilà réveillée la pulsion primaire du scientifique, qui se dira « comment ? » alors que des lettreux comme nous se demanderont « pourquoi ? » Alors certes, il y a quelque chose d’indécent à dépenser autant de fric pour ces recherches qui peuvent avoir des retombées meurtrières pour l’humanité. La faute en reviendra-t-elle au physicien ou à l’industriel ?
Et en attendant, donnez des Sioux. Plein.