Nabokov : « médiocre et maniéré » selon Houellebecq

Par: Jon

« Moi non plus je n’avais jamais supporté ce pseudo-poète médiocre et maniéré, ce malhabile imitateur de Joyce qui n’avait même pas eu la chance de disposer de l’élan qui, chez l’Irlandais insane, permet parfois de passer sur l’accumulation de lourdeurs. Une pâte feuilletée ratée, voilà à quoi m’avait toujours fait penser le style de Nabokov. »

Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île, p.32.

Voici l’opinion du narrateur de La Possibilité d’un île de Michel Houellebecq sur Nabokov, qui serait donc houellebecq (sipa)un « pseudo-poète médiocre et maniéré ».

En lisant cette sentence définitive sur le grand auteur russe, écrivant en américain, j’ai eu l’envie de réagir sur ce blog. Démonter le style houellebecquien, ou plutôt l’absence de style ; rappeler que s’il parle de lourdeurs chez Nabokov, c’est quand même Houellebecq qui remporte la coupe ‘Poids-lourd’ stylistique (cf. la phrase citée en exemple : « qui n’avait même pas eu la chance de disposer de l’élan »… disposer de l’élan ? Quelle horreur) ; que jamais aucun livre de Houellebecq (ou son œuvre complète) n’arrivera à la hauteur, à la pureté de phrase d’un quelconque extrait de Lolita ou de Ada, ou l’ardeur.

Puis, je me suis dit que c’était beaucoup d’efforts pour pas grand-chose. Je me suis souvenu d’une phrase de Sabato, qui dit en substance qu’il faut beaucoup de hauteur d’âme et d’humilité pour pouvoir admirer (et donc mettre son ego de côté). J’ai enfin pensé que la preuve ultime viendrait des textes, et pas de mes arguments.

Lisez Houellebecq.

Puis lisez Nabokov.

Et comparez : qui est médiocre ? Nabokov, vraiment ?

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Faites donc taire les enfants! (ou de l’antisexisme comme tartufferie)

Par: Jon

Mais qu’ont-ils fait! Qu’ont-ils osé écrire! Des instituteurs ont demandé à des enfants de composer un dictionnaire, donnant leurs propres définitions de notions sacrilèges dans notre société post-sexiste comme ‘maman’, ‘papa’ ou ‘ménage’. Et ne voilà-t-il pas que ces petits saligauds (il n’y a pas d’autre terme) se sont empressés de se vautrer dans un étalage de clichés sexistes (dixit Métro, Le Point, etc.)! C’est Najat Vallaud-Belkacem qui a dû se retourner dans son lit Louis XVI du ministère des Droits des Femmes (car elles en ont, aussi – oui, oui).

Une photo des coupables. La police serait en ce moment sur leurs traces.

Ainsi, un journaliste indigné (comme il faut l’être depuis que le maître à penser, Stéphane Hessel, nous l’a ordonné) travaillant à Métro nous donne à lire ces ignobles définitions. Une mère serait donc, selon ces petits enfoirés (n’ayons pas peur des mots, nous combattons ici la bête immonde!), une « femme qui a des enfants. On l’appelle maman ou mamounette. » J’ai presque honte de reproduire dans cet article ces mots tristement ‘sexistes’. Et un père? « C’est le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d’enfants. C’est le chef de famille parce qu’il protège ses enfants et sa femme. On dit aussi papa. » Je m’étoufferai presque devant tant de réactionnisme! Vite, allons lire un peu de Libération, histoire de se purger le cerveau… ah, ça va mieux.

Quant au ménage, la définition donnée par ces sacripants réactionnaires est la suivante: « Tous les dimanches, ma maman fait le ménage: elle rend la maison propre. » Tant de sexisme d’un seul coup, je ne tiendrai pas jusqu’à la fin de la soirée. J’attends un communiqué AFP de Caroline De Haas, l’ancienne porte-parole de l’association Osez le féminisme! et conseillère de Najat Vallaud-Belkacem (et actuellement en mission auprès de tous les membres du gouvernement pour leur apprendre que le sexisme, c’est mal) pour me dire quoi penser.

Comme si ces petits enculés (disons-le franchement, mais sans animosité aucune envers les adeptes de cette pratique, bien sûr – je ne voudrais pas que l’on croit que je suis réactionnaire!) voyaient chez eux ces modèles! Enfin, une mère qui fait le ménage, qui serait une femme de surcroît, et leur père, un homme, qui serait le chef de famille! On n’est pas loin du Travail, Famille, Patrie de Vichy! Tout cela nous rappelle lesheureslesplussombresdenotrehistoire, moi j’vous l’dis.

Heureusement que le Ministère de l’Education Nationale a enlevé ce dictionnaire du Net. D’aucuns seraient tentés de parler de censure. Mais non! Il faut simplement remettre les choses dans l’ordre, au bon endroit. Et que ce qui dépasse soit tout simplement éliminé. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser traîner tant de stéréotypes sexistes, passéistes et tout simplement nazis (allons jusqu’au bout des choses, merde!) dans un dictionnaire à la portée de nos chères têtes blondes, brunes, rousses, bouclées, crépues (mais jolies quand même) et chauves (on les oublie parfois).

A quand un programme de rééducation d’éducation dans les écoles? Je pense qu’il serait bien plus simple d’enlever les enfants à leur famille le temps de leur éducation afin de leur apprendre ce que c’est que penser. Et penser bien, surtout. Tout comme Mme Vallaud-Belkacem et Mme De Haas. Ça nous éviterait de devoir un jour relire ces définitions ignobles aux relents des années 30.

Je voudrais enfin remercier le travail d’investigation des journalistes chargés de cette triste affaire, qui ont su s’émouvoir du sordide sexisme de ce dictionnaire. On en aurait rien su sans eux. Grâce leur en soit rendue.

La maison qui rend fou

Par: Jules

« Mais c’est dommage, la gestionnaire est en congés jusqu’au 12 Novembre, elle pourra vous faire un acompte, peut-être, à ce moment-là. »

Je suis en vacances, c’est cool. Une semaine sous la flotte du sud, avec zéro copies, zéro réveil, zéro élèves… Juste rien à faire. Voir les potes, faire du piano, vidanger les vieilles affaires qui traînent dans ma chambre d’ado, écrire…
Ca fait du bien, après deux mois qui n’ont pas forcément été très reposants. Avec Elle, on a fait moitié-moitié. Elle voit ses parents de son côté et moi du mien la première semaine, on se retrouve la seconde. C’est une solution comme une autre.

Bref, des vacances qui auraient pu bien se passer si elles n’avaient pas été ternies par un « léger problème »: je n’ai pas été payé au mois d’Octobre. Eh oui, c’est chiant, n’est-ce pas ? A l’origine, personne n’y est pour rien, soi-disant. « Un problème informatique auquel je n’ai pas accès ». Ben voyons. Z’imaginez la tête du salarié moyen, fonctionnaire ou non, à qui on annonce qu’il se serrera la ceinture à cause d’une erreur informatique.
J’ai envie, dans ces cas-là, de déployer toute la mauvaise foi dont je suis capable, de leur dire que c’est une honte de traiter les gens comme ça (check), que leur propre dossier devait être, quant à lui, correctement verrouillé depuis longtemps (check), d’aller gueuler comme un putois et leur lacérer la gueule à coups de chaîne de vélo rouillée (uncheck), payer (ah ben non, je peux plus) un hacker pour mettre le bordel dans leur système informatique pour qu’ils aient de BONNES raisons de chouiner (uncheck, pour le moment)… Fin de non-recevoir: « allez vous plaindre au recteur ou au ministre, nous on peut rien faire ».
Je comprends mal ce mépris qu’on peut avoir vis-à-vis des gens. En gros, mon p’tit Jules, soit tu te débrouilles par tes propres moyens, soit tu prends ta clarinette pour faire la manche. D’ailleurs, chers amis lecteurs, je vous transmets mon RIB par mail avec plaisir. Je prends les cartes bleues, les chèques avec une carte d’identité, les virements Paypal, le liquide par coupures de 500 euros… On peut toujours s’arranger.
Vous avez raison, ce n’est pas grave, évidemment. Y a des Haïtiens qui ont tout perdu, des Syriens qui se font tirer comme des lapins…Je vais pas faire chier avec mon petit nombril blessé dans son amour-propre alors que même pas y a de raison.
Mais quand même. fait chier, quoi.

La conjuration des antisémites: rassemblement de cons sur Twitter

Par: Jon

#UnBonJuif est un juif mort.

Hier soir, alors qu’à la télévision on pouvait (re)voir La Rafle, sur Twitter se déchaînaient les plus gros cons de France. Et je reste poli. Sous le hashtag #UnBonJuif, nombre de jeunes imbéciles se sont crus autorisés à épancher leur haine des Juifs, créant de ce fait un concours de celui qui a la plus crade (je ne citerai pas dans cet article les immondices lues sur Twitter, on peut les trouver autre part).

Ce matin, SOS Racisme porte plainte (bien qu’il soit apparemment difficile de porter plainte contre Twitter) mais les ‘twittos’ ne semblent pas comprendre la gravité de leurs propos et se réclament de l’humour. « Si on le fait à Charlie Hebdo, on peut le faire sur Twitter non? »

Sauf que je ne crois pas que dire « Un bon arabe, c’est un arabe mort » soit de l’humour. De même, « Un bon noir, c’est un noir mort » ne me fait pas hurler de rire. (Sans vouloir tomber dans la reductio ad hitlerum, je pense que ces « vannes » font sourire la famille Le Pen, en sus de ces Twittos avides d’égalité devant Charlie Hebdo.) Faire une caricature de Mahomet, ce n’est pas se marrer à coup de ‘lol’, de ‘mdr’ et de jeux de mots antisémites sur les fours crématoires.

Ce hashtag a un mérite (le seul): celui de montrer sur la place publique l’étendue de la non-pensée de certains jeunes français aujourd’hui, et de leur antisémitisme profond. Tous les clichés des années 30 sur les Juifs peuvent se retrouver dans ces Tweets, avec en plus une insensibilité choquante en ce qui concerne la Shoah.
Qui blâmer pour cette inculture crasse? Les parents? L’école? La société de manière générale? Ou bien rien n’a changé depuis ces mêmes années 30, justement? Je me pose la question: est-on en train de revivre le début de l’horreur?

« Le Point » final: DSK, oublie-nous et tire-toi

par: Jon

« J’ai été naïf, pour ne pas dire plus. Ce qui est valable pour un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ne l’est pas d’un homme politique ».

ImageDSK ne comprend décidément rien à rien. Il se confie dans le nouveau numéro du Point, d’où est tirée la phrase mise en exergue de cet article. Préparant son retour sur la scène publique (mais l’a-t-il un jour véritablement quittée, cette scène?), DSK croit comprendre qu’il doit d’abord demander des excuses à sa femme aux Français. Car monsieur Strauss-Khan pense avoir « causé une double déception aux Français et [il] le regrette ». Personnellement, je n’ai pas été déçu car je n’attendais RIEN de la part de DSK. Professeur d’économie, directeur du FMI, il aurait été identique à son homologue droitier, M. Sarközy de Nagy-Bocsa. J’ai bondi lorsque je l’ai entendu sur le plateau de Claire Chazal (quand il a essayé de s’excuser pour la première fois, sans succès) évoquer le cas de la Grèce: mais qui était directeur du FMI quand la Grèce s’est effondrée? Comment M. Strauss-Khan ose-t-il ne serait-ce que parler des Grecs alors qu’il est l’un de ceux qui ont contribué à détruire le système public grec, grâce à la machine destructrice qu’on appelle Fonds Monétaire International?

Pour revenir sur l’infâme phrase prononcée par DSK dans le Point, je voudrais m’adresser à celui qui ne lira probablement jamais ces lignes:

Non, M. Strauss-Khan, ce n’est pas votre comportement libertin qui aurait dérangé les Français car ils n’accepteraient pas cela d’un de leur dirigeants tout en l’acceptant chez « un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ». Non, ce que le monde n’accepte pas c’est le viol, l’agression sexuelle, la prostitution et la marchandisation des corps. C’est cette morgue que vous continuez à porter sur vous et qui est une insulte à celles qui ont souffert de ce genre d’agression. C’est votre regard vide dans cette photo qui orne la couverture du Point et qui peine à cacher cette âme si sombre qui me donne la nausée.

Une étrange eulogie: Thierry Roland, sa mort, la culture et les médias

Par: Jon

« Allez, Thierry, du haut de tes limbes footballistiques, repose en paix, va. »

Je souhaiterais réagir à l’article de Jules sur Thierry Roland.

Je fais partie de ces gens qui ont trouvé les tombereaux d’honneurs accordés par les médias à feu Thierry Roland totalement déplacés. Pourquoi? Pourquoi osé-je m’insurger contre cet homme, adulé des foules « footballistiques » (il paraîtrait que c’est un mot)? Serais-je un vil admirateur d’une élite culturelle bourgeoise surannée et un méchant contempteur (ça, c’est un mot) des passions populaires suintant la transpiration?

Hé bien oui. J’avoue avoir été choqué par le fait que Libération mette cette information en une de son site en ligne, alors que sa place aurait été un article dans les pages de l’Equipe.

Je me suis souvenu qu’il y a quelques semaines disparaissait dans le plus total anonymat Murielle Cerf, qui fut, en plus d’une très belle femme, un écrivain français.

Murielle Cerf

Murielle Cerf

Que disparaissait dans le même temps l’écrivain argentin Hector Bianciotti, élu à l’académie française. Qui le connaît?

Qu’à la mort d’Ernesto Sabato, il y eut bien peu d’articles, et jamais de première page.

Mais il suffit qu’un commentateur sportif décède d’une AVC, et le monde entier est ébranlé. Que ce journaliste eut été connu pour ses frasques racistes, misogynes et j’en passe, cela ne dérange maintenant personne – et je ne suis pas sûr que ce soit à raison. Qu’il reçoive un traitement de faveur à la place d’écrivains ou d’acteurs culturels, cela en revanche me dérange: nous voyons quelle place accorde notre société à la culture.

Quant à l’esprit français, entre Luc Besson et Chamfort, il faut faire son choix.

Après avoir vu ça, on peut mourir en paix

Par: Jules

« Les morts sont tous des braves gens »

Ce week-end, annonciateur de grandes vacances, de grillades, de fête des pères, d’élections législatives durant lesquelles l’UMP va prendre une seconde branlée… aurait pu être un super week-end, l’un de ceux pendant lesquels on se barre en Espagne au bord d’une plage magnifique manger des tapas en sifflant quelques verres de vin rouge. Ce fut le cas, d’ailleurs, mais ces tapas avaient un goût rance à cause du désespoir qui avait saisi la France entière: Thierry Roland est mort, dans la nuit de vendredi à samedi.
Personnellement, chers lecteurs, je vous avoue que je m’en moque. Le foot, je m’en bats la race, comme on dit élégamment dans le Sud. Je n’ai même pas regardé la coupe du monde 98. Donc sans avoir repris deux fois des anchois, je n’ai pas non plus versé ma petite larme.
En revanche, ce qui a attiré mon attention, c’est la polémique qui a enflé autour des hommages qu’il fallait -ou non- lui rendre. J’ai appris, sans l’avoir vraiment cherché d’ailleurs, que Thierry Roland était raciste et mysogyne, et qu’il s’était permis quelques remarques d’assez mauvais goût, admettons-le, durant ses (quand même) 1300 matches commentés en près de 40 ans de carrière. Des saillies telles que « Les Roumains sont des voleurs de poules ! » durant un match France/Roumanie ou encore « Pour les Marocains, le couscous est cuit ! », certes, sont de trop quand elles sont dites en direct à la télé. Mais ces moqueries, elles sont quand même typiquement françaises. Les français, reconnaissons-le, sont grossiers, crades et irrespectueux, ils manquent cruellement de sérieux et sont prêts à rire de n’importe quoi. Quand (ce demeuré de) Philippe Candéloro a sorti cette réflexion sur le bol de riz à propos d’une patineuse, par exemple, tout le monde s’est offusqué, a crié au scandale et au racisme, mais tout le monde s’est marré, moi le premier. Vous et moi savons également quel fut le groupe préféré de Marie Trintignant* etc… Les blagues de mauvais goût, l’humour lourdingue, c’est typiquement français, et Thierry Roland devait être, à cet égard, typiquement français.
Mais dès que quelqu’un meurt, son portrait est lissé, ses mauvais côtés atténués par quelques euphémismes de bon aloi, et les langues se lient plus ou moins longtemps. Brassens avait raison: les morts sont tous des braves gens. Et ce qui arrive à l’occasion de ce décès-là, c’est justement le fait que l’on montre aux français un miroir de ce qu’ils sont: un peu racistes, un peu mysogynes, un peu portés sur les blagues de mauvais goût, sur les ruptures de convention, sur ce qui fâche. Un copain qui a vécu au Danemark me racontait vendredi qu’il n’y serait pas resté, justement parce que les Danois sont trop parfaits: jamais ils ne traversent en dehors des clous, jamais ils ne crient ou ne se font remarquer, jamais ils n’ont un mot plus haut que l’autre… Et ça pour nous c’est inconcevable, qui jugeons que les lois sont justement faites pour être violées et qui hurlons à l’injustice au moindre PV, sur cet état policier qui aliène notre liberté fondamentale (français de gauche) ou sur la police qui ferait mieux de poursuivre les voyous au lieu d’empêcher les honnêtes gens de travailler (français de droite). Quand Thierry Roland se demande: « Il n’y a rien qui ne ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen. D’autant plus qu’ils mesurent tous 1m70 ! » , c’est déplacé, grossier, irrespectueux…mais quand Luc Besson fait dire à son chauffeur de taxi préféré (minute 38): « Va différencier un Coréen d’un Coréen, toi », c’est drôle, parce que c’est un film, qui a cumulé plus de six millions d’entrées.
L’argument est léger, il est même irrecevable, mais il justifie la mauvaise foi française: le masque de gravité finit toujours par se poser sur le plus cynique d’entre nous et nous finissons par lapider celui qui n’a fait qu’être le porte-parole d’une attitude commune. Le principe du bouc émissaire, certainement.
Allez, Thierry, du haut de tes limbes footbalistiques, repose en paix, va.

*Supertramp, évidemment.

Anaphore, mon amour

Par Jon

« Et la France découvrit l’anaphore. »

écrit Daniel Schneidermann sur Rue89, à l’occasion du long monologue de François Hollande lors du débat du second tour. Le pire, c’est qu’il a raison. La France et ses journalistes ébaubis ont découvert cette figure de style, classique pourtant, le lendemain du débat entre les deux candidats.

Les journalistes se sont jetés sur le terme comme si c’était un mot barbare, venu d’ailleurs, paré de plumes et bariolé de couleurs étranges et exotiques: a-na-phore. C’est du grec, non? – Tu te rends compte, Hollande a utilisé une a-na-phore! Ils se sont gorgés de ce terme, ils se l’échangeaient sur les plateaux télé avec un sourire discret, comme des complotistes s’échangeraient un mot de passe vers une cache secrète ou des enfants apprenant à nommer une nouvelle chose.

Et quelle honte! Chaque élève de France voit cette figure de rhétorique à l’école, et pourtant les journalistes, dont le métier est de suivre et de commenter des discours politiques, c’est-à-dire de la rhétorique pure, apparemment ignoraient l’existence de ce procédé bien peu savant, il faut le dire.

Le fait que l’anaphore prenne le devant de la scène aujourd’hui montre bien l’ignorance crasse des journalistes qui nous informent – mais nous informent de quoi, si eux-mêmes ne savent rien?

Surveiller et punir

Par: Jules

« Il nous a été demandé de respecter une minute de silence à leur mémoire »

Faux-culEn ce moment, et depuis quelques jours, la France entière est plongée dans une guerre civile, stricto sensu. La civilisation a été attaquée par un particulier qui a flingué, en l’espace de quelques jours, trois militaires, puis des enfants à l’entrée d’une école, juive de surcroît. La chasse à l’homme est lancée, les recours tous aussi musclés les uns que les autres, les institutions aux noms aussi obscurs leur rôle est sibyllin sont sur les dents pour traquer un jeune homme de vingt-trois ans retranché dans son appartement toulousain. Depuis quarante-huit heures, il est impossible de ne pas avoir entendu parler de cette « affaire », qui semble toucher les points les plus sensibles de la nation.
Récupération politique, pour commencer. L’aubaine est magnifique, à un mois des élections. Tous les candidats ou presque, déclarent à qui mieux mieux leur indignation devant cet acte abject, marquent la solidarité de la République française devant cette atrocité, accumulent les lieux communs et les plus grosses âneries pour bien montrer à leur électorat à quel point ils sauront éradiquer, une fois président(e), la « menace islamiste ». Personnellement, je ne sais pas pour vous, mais ça me donne juste envie de gerber. Une minute de silence. Ben voyons, d’ailleurs la tournure passive employée par le directeur de mon collège m’a marqué. Elle révèle bien des choses, au-delà de ce qu’il voulait dire.
Révolte populaire, ensuite. On a touché à deux points névralgiques: l’armée et les enfants, autrement dit deux catégories de personnes innocentes. Les militaires donnent leur vie à la nation, les enfants sont le symbole de la pureté. Tout le monde semble avoir oublié qu’un homme a lui aussi été tué, un collègue. Personne n’en parle, de lui. Il est probable que la mayonnaise n’aurait pas autant monté si les victimes avaient été des citoyens lambda.

Ce qui me surprend, et qui est (tragiquement) intéressant, c’est de constater l’hystérie qui s’est emparée du pays. Tout le monde suit, tout le monde veut savoir, jusqu’à l’ami qui est venu hier soir prendre l’apéro à la maison et qui consultait les infos sur son téléphone tous les quarts d’heure, si on L’a arrêté, ce pauvre mec. Parce qu’à l’évidence, c’est un pauvre mec paumé, un gosse de vingt-trois ans qui s’est embrigadé tout seul dans de sombres motivations jihadistes. J’ai honte pour la religion musulmane, en voyant ce genre de d’événements. C’est comme si le pays s’était soudainement uni pour attraper le bouc émissaire, l’ennemi public à abattre qu’il faudrait lapider place du Capitole. La loi et le bon sens semblent être étouffés sous l’émotion et le désir de vengeance; et toute la technologie qui d’ordinaire nous polit, nous neutralise au point de nous faire devenir des têtes vues du dessus (réflexion que je me suis faite dans le train en voyant TOUS les gens, moi y compris, autour de moi penchés, qui sur leur portable, qui sur leur Iphone) devient un instrument pour assouvir notre soif de vengeance. Aussi civilisés soyons-nous, nous sommes restés des animaux qui voulons crucifier le coupable. Coupable idéal d’ailleurs, à la fois jeune, isolé, islamiste (« il est d’Al-Qaida, celui-là, ils l’ont dit à la télé »), vulnérable et apparemment déterminé.

Qu’il soit attrapé et puni, ce criminel, qu’il rembourse le tort immense qu’il a semé autour de lui. Mais ne punissons pas le mal par le mal. Mais je vois tant de manifestations de haine primaire autour de moi que ça m’en met vraiment mal à l’aise.