Enfin…

« De toute façon, moi, plus ça va, plus j’en ai rien à foutre »

Ca y est, depuis le temps qu’avec Jon on se disait, entre deux pintes, qu’il serait temps de se secouer les fesses et de remettre le blog sur les rails. Depuis les semaines, qui sont devenus des mois, que l’on me charrie sur nos belles résolutions que j’avais tenues au début. « Il est en train de mourir, ton blog », que j’entendais de la bouche perfide et féminine (forcément) de celle qui partage ma vie.
Mais non. Que nenni, nous revoilà, plus motivés que jamais. Finalement, c’est comme un footing: le plus dur c’est les dix premières minutes.
Il faut dire qu’entre mon dernier billet et celui-ci, en direct de mon nouveau bureau, pas mal de choses ont changé dans ma vie: j’ai déménagé à 900 kilomètres de là où je vivais, j’ai changé de lieu de travail, je me suis installé avec Elle, j’ai changé de piano, j’ai commencé la clarinette… Ca en fait des choses, et donc forcément, avec la foultitude de choses que j’ai eu à faire, ma vie virtuelle en a forcément pâti. Et c’est plutôt une bonne chose, finalement, à l’exception de ce blog auquel je tiens vraiment, contrairement à ce que laisse croire ce long silence.
Donc pour reprendre, il me fallait une phrase choc. Genre une phrase choc (les moins de 35 ans comprendront), et cette phrase choc, c’est l’un de mes nouveaux collègues qui me l’a offerte ce midi au moment du caféclope (en un seul mot, oui) de l’après-déjeuner. Evoquant les rapports pas toujours simples, voire houleux, que peut entretenir un prof avec ses collègues, les élèves, les parents d’élèves… et les divers conflits de culpabilité que cela peut engendrer, celui que j’appellerai Eric a sorti cette phrase lourde de rancœurs, qui m’a rappelé par ricochet une autre expression lue sous les doigts d’une connaissance, qui parlait « des gens qui s’arrangent avec la vie ». L’image m’avait plu, je m’imaginais en train de discuter le bout de gras avec la Faucheuse, comme le fait le mourant de la Fable. S’arranger avec la vie, ou n’en avoir plus rien à foutre, c’est admettre que ce qu’elle nous a apporté n’est pas en cohérence avec ce qu’on lui demandait, sous une forme ou une autre. Que ce soit un boulot qui nous emmerde, une bonne femme qui nous tape sur les nerfs, des enfants ingrats, ou arrivés trop tôt ou trop tard, ou pas d’enfants du tout, ou une sale maladie de merde qui nous emporte, un accident qui nous paralyse, ou autre circonstance venant d’une certaine manière freiner ou ralentir les aspirations que nous nourrissions. Dans une certaine mesure, n’en avoir rien à foutre est une forme de sagesse, qui consiste à s’estimer au-dessus de tout ça, à relativiser et se dire que rien n’est grave, dans l’absolu,et que de toute façon, ça pourrait être pire.
Ce n’est pas comme ça que je l’ai entendu, ou ce n’est pas comme ça que cette assertion m’a trotté dans la tête au point de devenir le point de redémarrage de ce blog.
Finalement, notre vie est une succession de choix, du plus anodin (« un p’tit café ? Un thé ? ») au plus crucial (« J’en ai marre du téléphone, je veux m’endormir dans tes bras tous les soirs, tu veux me rejoindre en région parisienne ? »), et faire de ce long fleuve tortueux une suite d’arrangements (de rangements vers) est le meilleur moyen pour justement ne toucher aucune des bornes importantes de se vie. Dire que l’on en a rien à foutre est une antiphrase pour dire « j’ai laissé courir et je m’arrange comme je peux ». A bientôt quarante ans, cher Eric, on a encore près de la moitié de sa vie devant soi, alors non, tu n’en as pas rien à foutre. La bannière de ce blog est remplie de gens qui en ont eu quelque chose à foutre. S’il vous plaît, lecteurs, ne lâchez rien, ou le moins possible.

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