La maison qui rend fou

Par: Jules

« Mais c’est dommage, la gestionnaire est en congés jusqu’au 12 Novembre, elle pourra vous faire un acompte, peut-être, à ce moment-là. »

Je suis en vacances, c’est cool. Une semaine sous la flotte du sud, avec zéro copies, zéro réveil, zéro élèves… Juste rien à faire. Voir les potes, faire du piano, vidanger les vieilles affaires qui traînent dans ma chambre d’ado, écrire…
Ca fait du bien, après deux mois qui n’ont pas forcément été très reposants. Avec Elle, on a fait moitié-moitié. Elle voit ses parents de son côté et moi du mien la première semaine, on se retrouve la seconde. C’est une solution comme une autre.

Bref, des vacances qui auraient pu bien se passer si elles n’avaient pas été ternies par un « léger problème »: je n’ai pas été payé au mois d’Octobre. Eh oui, c’est chiant, n’est-ce pas ? A l’origine, personne n’y est pour rien, soi-disant. « Un problème informatique auquel je n’ai pas accès ». Ben voyons. Z’imaginez la tête du salarié moyen, fonctionnaire ou non, à qui on annonce qu’il se serrera la ceinture à cause d’une erreur informatique.
J’ai envie, dans ces cas-là, de déployer toute la mauvaise foi dont je suis capable, de leur dire que c’est une honte de traiter les gens comme ça (check), que leur propre dossier devait être, quant à lui, correctement verrouillé depuis longtemps (check), d’aller gueuler comme un putois et leur lacérer la gueule à coups de chaîne de vélo rouillée (uncheck), payer (ah ben non, je peux plus) un hacker pour mettre le bordel dans leur système informatique pour qu’ils aient de BONNES raisons de chouiner (uncheck, pour le moment)… Fin de non-recevoir: « allez vous plaindre au recteur ou au ministre, nous on peut rien faire ».
Je comprends mal ce mépris qu’on peut avoir vis-à-vis des gens. En gros, mon p’tit Jules, soit tu te débrouilles par tes propres moyens, soit tu prends ta clarinette pour faire la manche. D’ailleurs, chers amis lecteurs, je vous transmets mon RIB par mail avec plaisir. Je prends les cartes bleues, les chèques avec une carte d’identité, les virements Paypal, le liquide par coupures de 500 euros… On peut toujours s’arranger.
Vous avez raison, ce n’est pas grave, évidemment. Y a des Haïtiens qui ont tout perdu, des Syriens qui se font tirer comme des lapins…Je vais pas faire chier avec mon petit nombril blessé dans son amour-propre alors que même pas y a de raison.
Mais quand même. fait chier, quoi.

La conjuration des antisémites: rassemblement de cons sur Twitter

Par: Jon

#UnBonJuif est un juif mort.

Hier soir, alors qu’à la télévision on pouvait (re)voir La Rafle, sur Twitter se déchaînaient les plus gros cons de France. Et je reste poli. Sous le hashtag #UnBonJuif, nombre de jeunes imbéciles se sont crus autorisés à épancher leur haine des Juifs, créant de ce fait un concours de celui qui a la plus crade (je ne citerai pas dans cet article les immondices lues sur Twitter, on peut les trouver autre part).

Ce matin, SOS Racisme porte plainte (bien qu’il soit apparemment difficile de porter plainte contre Twitter) mais les ‘twittos’ ne semblent pas comprendre la gravité de leurs propos et se réclament de l’humour. « Si on le fait à Charlie Hebdo, on peut le faire sur Twitter non? »

Sauf que je ne crois pas que dire « Un bon arabe, c’est un arabe mort » soit de l’humour. De même, « Un bon noir, c’est un noir mort » ne me fait pas hurler de rire. (Sans vouloir tomber dans la reductio ad hitlerum, je pense que ces « vannes » font sourire la famille Le Pen, en sus de ces Twittos avides d’égalité devant Charlie Hebdo.) Faire une caricature de Mahomet, ce n’est pas se marrer à coup de ‘lol’, de ‘mdr’ et de jeux de mots antisémites sur les fours crématoires.

Ce hashtag a un mérite (le seul): celui de montrer sur la place publique l’étendue de la non-pensée de certains jeunes français aujourd’hui, et de leur antisémitisme profond. Tous les clichés des années 30 sur les Juifs peuvent se retrouver dans ces Tweets, avec en plus une insensibilité choquante en ce qui concerne la Shoah.
Qui blâmer pour cette inculture crasse? Les parents? L’école? La société de manière générale? Ou bien rien n’a changé depuis ces mêmes années 30, justement? Je me pose la question: est-on en train de revivre le début de l’horreur?

« Le Point » final: DSK, oublie-nous et tire-toi

par: Jon

« J’ai été naïf, pour ne pas dire plus. Ce qui est valable pour un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ne l’est pas d’un homme politique ».

ImageDSK ne comprend décidément rien à rien. Il se confie dans le nouveau numéro du Point, d’où est tirée la phrase mise en exergue de cet article. Préparant son retour sur la scène publique (mais l’a-t-il un jour véritablement quittée, cette scène?), DSK croit comprendre qu’il doit d’abord demander des excuses à sa femme aux Français. Car monsieur Strauss-Khan pense avoir « causé une double déception aux Français et [il] le regrette ». Personnellement, je n’ai pas été déçu car je n’attendais RIEN de la part de DSK. Professeur d’économie, directeur du FMI, il aurait été identique à son homologue droitier, M. Sarközy de Nagy-Bocsa. J’ai bondi lorsque je l’ai entendu sur le plateau de Claire Chazal (quand il a essayé de s’excuser pour la première fois, sans succès) évoquer le cas de la Grèce: mais qui était directeur du FMI quand la Grèce s’est effondrée? Comment M. Strauss-Khan ose-t-il ne serait-ce que parler des Grecs alors qu’il est l’un de ceux qui ont contribué à détruire le système public grec, grâce à la machine destructrice qu’on appelle Fonds Monétaire International?

Pour revenir sur l’infâme phrase prononcée par DSK dans le Point, je voudrais m’adresser à celui qui ne lira probablement jamais ces lignes:

Non, M. Strauss-Khan, ce n’est pas votre comportement libertin qui aurait dérangé les Français car ils n’accepteraient pas cela d’un de leur dirigeants tout en l’acceptant chez « un chef d’entreprise, un sportif ou un artiste ». Non, ce que le monde n’accepte pas c’est le viol, l’agression sexuelle, la prostitution et la marchandisation des corps. C’est cette morgue que vous continuez à porter sur vous et qui est une insulte à celles qui ont souffert de ce genre d’agression. C’est votre regard vide dans cette photo qui orne la couverture du Point et qui peine à cacher cette âme si sombre qui me donne la nausée.

Enfin…

« De toute façon, moi, plus ça va, plus j’en ai rien à foutre »

Ca y est, depuis le temps qu’avec Jon on se disait, entre deux pintes, qu’il serait temps de se secouer les fesses et de remettre le blog sur les rails. Depuis les semaines, qui sont devenus des mois, que l’on me charrie sur nos belles résolutions que j’avais tenues au début. « Il est en train de mourir, ton blog », que j’entendais de la bouche perfide et féminine (forcément) de celle qui partage ma vie.
Mais non. Que nenni, nous revoilà, plus motivés que jamais. Finalement, c’est comme un footing: le plus dur c’est les dix premières minutes.
Il faut dire qu’entre mon dernier billet et celui-ci, en direct de mon nouveau bureau, pas mal de choses ont changé dans ma vie: j’ai déménagé à 900 kilomètres de là où je vivais, j’ai changé de lieu de travail, je me suis installé avec Elle, j’ai changé de piano, j’ai commencé la clarinette… Ca en fait des choses, et donc forcément, avec la foultitude de choses que j’ai eu à faire, ma vie virtuelle en a forcément pâti. Et c’est plutôt une bonne chose, finalement, à l’exception de ce blog auquel je tiens vraiment, contrairement à ce que laisse croire ce long silence.
Donc pour reprendre, il me fallait une phrase choc. Genre une phrase choc (les moins de 35 ans comprendront), et cette phrase choc, c’est l’un de mes nouveaux collègues qui me l’a offerte ce midi au moment du caféclope (en un seul mot, oui) de l’après-déjeuner. Evoquant les rapports pas toujours simples, voire houleux, que peut entretenir un prof avec ses collègues, les élèves, les parents d’élèves… et les divers conflits de culpabilité que cela peut engendrer, celui que j’appellerai Eric a sorti cette phrase lourde de rancœurs, qui m’a rappelé par ricochet une autre expression lue sous les doigts d’une connaissance, qui parlait « des gens qui s’arrangent avec la vie ». L’image m’avait plu, je m’imaginais en train de discuter le bout de gras avec la Faucheuse, comme le fait le mourant de la Fable. S’arranger avec la vie, ou n’en avoir plus rien à foutre, c’est admettre que ce qu’elle nous a apporté n’est pas en cohérence avec ce qu’on lui demandait, sous une forme ou une autre. Que ce soit un boulot qui nous emmerde, une bonne femme qui nous tape sur les nerfs, des enfants ingrats, ou arrivés trop tôt ou trop tard, ou pas d’enfants du tout, ou une sale maladie de merde qui nous emporte, un accident qui nous paralyse, ou autre circonstance venant d’une certaine manière freiner ou ralentir les aspirations que nous nourrissions. Dans une certaine mesure, n’en avoir rien à foutre est une forme de sagesse, qui consiste à s’estimer au-dessus de tout ça, à relativiser et se dire que rien n’est grave, dans l’absolu,et que de toute façon, ça pourrait être pire.
Ce n’est pas comme ça que je l’ai entendu, ou ce n’est pas comme ça que cette assertion m’a trotté dans la tête au point de devenir le point de redémarrage de ce blog.
Finalement, notre vie est une succession de choix, du plus anodin (« un p’tit café ? Un thé ? ») au plus crucial (« J’en ai marre du téléphone, je veux m’endormir dans tes bras tous les soirs, tu veux me rejoindre en région parisienne ? »), et faire de ce long fleuve tortueux une suite d’arrangements (de rangements vers) est le meilleur moyen pour justement ne toucher aucune des bornes importantes de se vie. Dire que l’on en a rien à foutre est une antiphrase pour dire « j’ai laissé courir et je m’arrange comme je peux ». A bientôt quarante ans, cher Eric, on a encore près de la moitié de sa vie devant soi, alors non, tu n’en as pas rien à foutre. La bannière de ce blog est remplie de gens qui en ont eu quelque chose à foutre. S’il vous plaît, lecteurs, ne lâchez rien, ou le moins possible.