Histoire de Benz

Le premier pilote automobile était une femme. Voilà, c’est dit. Bertha Benz, la femme de Carl Benz, ingénieur automobile, fut la première à croire en l’invention de son mari et à parcourir une grande distance sur un véhicule  motorisé.

Au-delà de l’anecdote, c’est l’image du départ de Bertha Benz qui m’a interpellé. Lorsque l’on regarde attentivement ce cliché, on a l’impression que ce n’est pas la « réalité » mais une scène de film, comme si des acteurs rejouaient ce moment historique (dans l’histoire de l’automobile). Le petit sourire de Bertha et son regard en coin, l’air amusé du jeune homme qui est à l’avant, jusqu’au « décor » qui semble être en carton-pâte… Et pourtant cette photo est véritable.

Jusqu’à quel point la révolution fictionnelle que le cinéma a apporté a-t-elle modifié notre façon d’appréhender la « réalité » (« réalité », mot qui doit toujours être mis entre guillemets, selon Nabokov)? Juge-t-on aujourd’hui le réel à l’aune du fictionnel? Est-ce encore un symptôme de l’Age de la Fiction Universelle? Et surtout, que gagnons-nous et que perdons-nous à cela?

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Je de dés

Par: Jules

« The new worries are about black holes, which, according to some variants of string theory, could appear at the collider. That possibility, though a long shot, has been widely ballyhooed in many papers and popular articles in the last few years, but would they be dangerous? (…) As a result, Mr. Wagner and Mr. Sancho contend in their complaint, black holes could really be stable, and a micro black hole created by the collider could grow, eventually swallowing the Earth. »

Une fois n’est pas coutume, une citation en anglais que ma honte de traduire maladroitement, surtout auprès de Jon qui ne manquerait pas de se moquer de moi en riant et en me montrant au doigt avec son rire sardonique de sale pute défoncée au crack qu’il peut être par ailleurs, le charmant garçon; mais dont vous saurez sans difficulté saisir le sens, cultivés comme vous l’êtes, tout comme les lecteurs des Inactuelles. Ce passage est extrait d’un papier du New York Times daté du 29 mars 2008 qui traitait d’une plainte déposée en Amérique pour prévenir les expérimentations physiques faites dans le LHC (Large Hydron Collider), accélérateur de particules géant (27 kilomètres de diamètre, le bouzin, quand même) mis en route fin 2008, qui a pour but de recréer artificiellement les conditions du Big-Bang originel et de comprendre comment ça marche, tout ce bordel.
A ce sujet, et puisque j’aime les digressions qui font chier les lecteurs, m’inscrivant ainsi dans une longue tradition littéraire, de Cervantès à Sterne ‘avez-vous lu Tristram Shandy  à cet égard ? C’est un livre merveilleusement, divinement, génialement chiant, la métaphysique du chiant poussée à son point le plus ultime. Sublime.), tandis que je fêtais le mariage d’un couple d’amis ce week-end tout en me réjouissant des vacances qui s’approchaient et de la vie en général qu’elle était assez belle, finalement, les physiciens du monde entier étaient sur les dents parce qu’on a enfin découvert et observé cette particule jusque là complètement virtuelle et mathématique échafaudée par l’équipe du physicien britannique Peter Higgs: le boson de Higgs. En gros, puisque le photon est une particule, pourquoi n’a t-elle pas de masse ? Si on admet, et c’est ce qu’on admet sans l’avoir démontré jusque là, que c’est ce fameux boson de Higgs qui, s’intercalant avec toute particule existante, permet de lui donner une masse et qu’il n’y aurait aucune interaction boson/photon, par conséquent ceci expliquerait l’absence de masse de notre photon.
C’est pas con, quand même, et stupéfiamment (je m’en fous, la langue est vivante) bien vu, une intuition remarquable mais il fallait la prouver. Sans preuve, l’expérience est tchiiii, comme disent les élèves. Et cette semaine, les physiciens du CERN ont enfin donné raison à Higgs et son équipe. Ou presque, on ne sait encore précisément ni s’il existe, ni quelle est sa masse.
Et l’univers des possibles reste ouvert une fois cette hypothèse confirmée. J’en arrive enfin à la citation proprement dite. L’argument des plaignants était que dans la mesure où l’on ne connaît pas précisément les objets sur lesquels on travaille, il y avait des « worries about the black holes » qui pourraient engloutir en quelques instants notre bonne vieille Terre. A la limite, on se demanderait presque, et ce serait une question à poser à un physicien, ce qu’il adviendrait de moi, de mon ordi et de ma bière (santé !) ici présents le cas échéant.
Seulement comment le savoir si on ne teste pas ? Il y a peut-être un risque à bosser sur des particules élémentaires, mais cela n’en vaut-il pas la peine ? Ce risque n’en vaut-il pas le coup ? Dans la mesure où toute la préhension de la structure de l’univers risque d’en être bouleversée, l’appréhension est-elle de bon ton ? Je ne veux pas dire qu’il faille faire n’importe quoi, évidemment, les techniciens de Tchernobyl ou de Fukushima l’ont payé assez cher. Et les découvertes de la physique du début du XX ème siècle n’ont pas inspiré que les meilleurs sentiments. Seulement si la tête est bien faite en plus d’être bien pleine, voilà réveillée la pulsion primaire du scientifique, qui se dira « comment ? » alors que des lettreux comme nous se demanderont « pourquoi ? » Alors certes, il y a quelque chose d’indécent à dépenser autant de fric pour ces recherches qui peuvent avoir des retombées meurtrières pour l’humanité. La faute en reviendra-t-elle au physicien ou à l’industriel ?
Et en attendant, donnez des Sioux. Plein.