Après avoir vu ça, on peut mourir en paix

Par: Jules

« Les morts sont tous des braves gens »

Ce week-end, annonciateur de grandes vacances, de grillades, de fête des pères, d’élections législatives durant lesquelles l’UMP va prendre une seconde branlée… aurait pu être un super week-end, l’un de ceux pendant lesquels on se barre en Espagne au bord d’une plage magnifique manger des tapas en sifflant quelques verres de vin rouge. Ce fut le cas, d’ailleurs, mais ces tapas avaient un goût rance à cause du désespoir qui avait saisi la France entière: Thierry Roland est mort, dans la nuit de vendredi à samedi.
Personnellement, chers lecteurs, je vous avoue que je m’en moque. Le foot, je m’en bats la race, comme on dit élégamment dans le Sud. Je n’ai même pas regardé la coupe du monde 98. Donc sans avoir repris deux fois des anchois, je n’ai pas non plus versé ma petite larme.
En revanche, ce qui a attiré mon attention, c’est la polémique qui a enflé autour des hommages qu’il fallait -ou non- lui rendre. J’ai appris, sans l’avoir vraiment cherché d’ailleurs, que Thierry Roland était raciste et mysogyne, et qu’il s’était permis quelques remarques d’assez mauvais goût, admettons-le, durant ses (quand même) 1300 matches commentés en près de 40 ans de carrière. Des saillies telles que « Les Roumains sont des voleurs de poules ! » durant un match France/Roumanie ou encore « Pour les Marocains, le couscous est cuit ! », certes, sont de trop quand elles sont dites en direct à la télé. Mais ces moqueries, elles sont quand même typiquement françaises. Les français, reconnaissons-le, sont grossiers, crades et irrespectueux, ils manquent cruellement de sérieux et sont prêts à rire de n’importe quoi. Quand (ce demeuré de) Philippe Candéloro a sorti cette réflexion sur le bol de riz à propos d’une patineuse, par exemple, tout le monde s’est offusqué, a crié au scandale et au racisme, mais tout le monde s’est marré, moi le premier. Vous et moi savons également quel fut le groupe préféré de Marie Trintignant* etc… Les blagues de mauvais goût, l’humour lourdingue, c’est typiquement français, et Thierry Roland devait être, à cet égard, typiquement français.
Mais dès que quelqu’un meurt, son portrait est lissé, ses mauvais côtés atténués par quelques euphémismes de bon aloi, et les langues se lient plus ou moins longtemps. Brassens avait raison: les morts sont tous des braves gens. Et ce qui arrive à l’occasion de ce décès-là, c’est justement le fait que l’on montre aux français un miroir de ce qu’ils sont: un peu racistes, un peu mysogynes, un peu portés sur les blagues de mauvais goût, sur les ruptures de convention, sur ce qui fâche. Un copain qui a vécu au Danemark me racontait vendredi qu’il n’y serait pas resté, justement parce que les Danois sont trop parfaits: jamais ils ne traversent en dehors des clous, jamais ils ne crient ou ne se font remarquer, jamais ils n’ont un mot plus haut que l’autre… Et ça pour nous c’est inconcevable, qui jugeons que les lois sont justement faites pour être violées et qui hurlons à l’injustice au moindre PV, sur cet état policier qui aliène notre liberté fondamentale (français de gauche) ou sur la police qui ferait mieux de poursuivre les voyous au lieu d’empêcher les honnêtes gens de travailler (français de droite). Quand Thierry Roland se demande: « Il n’y a rien qui ne ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen. D’autant plus qu’ils mesurent tous 1m70 ! » , c’est déplacé, grossier, irrespectueux…mais quand Luc Besson fait dire à son chauffeur de taxi préféré (minute 38): « Va différencier un Coréen d’un Coréen, toi », c’est drôle, parce que c’est un film, qui a cumulé plus de six millions d’entrées.
L’argument est léger, il est même irrecevable, mais il justifie la mauvaise foi française: le masque de gravité finit toujours par se poser sur le plus cynique d’entre nous et nous finissons par lapider celui qui n’a fait qu’être le porte-parole d’une attitude commune. Le principe du bouc émissaire, certainement.
Allez, Thierry, du haut de tes limbes footbalistiques, repose en paix, va.

*Supertramp, évidemment.

Publicités

Une réflexion au sujet de « Après avoir vu ça, on peut mourir en paix »

  1. Ping : Une étrange eulogie: Thierry Roland, sa mort, la culture et les médias | les inactuels

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s