Du hoax littéraire

De: Jules

« Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement celui qui détruit son amour-propre, celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement celui qui devient esclave de l’habitude, refaisant tous les jours les mêmes chemins, celui qui ne change jamais de repère, ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement celui qui évite la passion et son tourbillon d’émotions, celles qui redonnent la lumière dans les yeux, et réparent les coeurs blessés.

Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves, celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux ! »

J’ai trouvé ce matin, sur Facebook et grâce à une amie qui l’y avait déposé, la traduction de ce très beau poème signé Pablo Neruda. Je l’ai trouvé magnifique, malgré une petite charge culcul de bon aloi, et j’ai donc essayé d’en retrouver la trace et par ricochet d’en savoir un peu plus sur cet auteur qui s’était juste contenté de me saouler quand j’avais dû me cogner l’intégralité du Chant général il y a quelques années. J’ai donc découvert après quelques clics que ce texte n’était en fait pas de Pablo Neruda mais un dérivatif de celui d’une brave dame brésilienne nommée Martha Medeiros, et qu’il avait été l’objet, suite à diverses pérégrinations, d’un réinvestissement et d’une attribution factice à l’auteur chilien. Cela dit, l’attribution n’est pas absurde: ces vers auraient très bien pu être de lui, qui redoutait l’arrivée de la grande diffusion technologique et pressentait l’arrivée d’Internet. D’ailleurs, je paierais cher pour savoir ce que la plupart de nos écrivains « classiques » (mot absurde, s’il en est) auraient pensé et fait d’Internet.
Bref, ce billet, qui rouvre d’ailleurs le blog qui semblait en printempation après une longue période de silence n’a pas pour but de dresser l’histoire d’un texte ou d’en faire une explication mais de souligner l’actualité de ce que Jon avait appelé l’Age de la fiction universelle. A l’heure où tout change, et je sais de quoi je parle en ce moment, effectivement, les textes que l’on écrit, ou que l’on écrit pas, changent constamment. On oscille entre besoin d’authenticité, de poser sa marque et son style à l’ancienne; et la malléabilité suprême qui nous fait douillettement entrer dans une case. Ce poème n’est pas de Neruda, non, mais il aurait pu l’être, et finalement tout se comporte comme s’il l’avait été. Je pose mes bagages et mon style quelque part, mais un quelque part qui peut sans cesse céder selon le gré de mes humeurs. Et la part d’originalité, d’identité, devient la part congrue de ce que nous faisons, de ce que nous sommes.
Faut-il s’en plaindre ? Se lamenter ou accuser la crise et Hollande, comme on l’entend partout ? Je ne crois pas, s’il y a une chose à faire, ce serait certainement de s’adapter et de savoir varier sans se perdre.

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Une réflexion au sujet de « Du hoax littéraire »

  1. « Ce poème n’est pas de Neruda, non, mais il aurait pu l’être », et l’est devenu… C’est borgésien!

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