Un reflet dérangeant

Par: Jon

 

Réaction à l’article de Jules, Surveiller et punir

 

« On a touché à deux points névralgiques: l’armée et les enfants, autrement dit deux catégories de personnes innocentes. »

J’ai été très surpris en lisant cette phrase dans l’article de mon collègue de blog (mon bloglègue? Co-bloggeur?) et ami, Jules. Vu la gravité du sujet abordé, on pourrait croire que je pinaille sur un point de détail, mais après tout, je suis inactuel; et le Diable est dans les détails.

Inactuel, car, mis à part la référence nietzschéenne du nom de ce blog, j’avoue très facilement et sans honte ne pas (ou bien peu) écouter les informations. Je trouve que l’information cède le plus souvent le pas à la recherche du scoop à tout prix, de la polémique facile et appauvrissante intellectuellement, et qu’ultimement les médias participent à un abêtissement général de la population. Mais tout ceci n’est que lieux communs, choses typiques de l’âge de la Fiction Universelle.

Les médias aiment les grandes histoires, pleines de bruit et de fureur, racontées par des idiots. Je préfère me consacrer à l’étude des détails, qui sont généralement autrement plus significatifs. C’est pourquoi je ne parlerai pas de ce fait divers, mais du choix de Jules du mot innocent pour qualifier les enfants et l’armée.

Cette phrase révèle deux représentations de l’innocence, l’une classique, l’autre pour le moins surprenante. La classique est la vision de l’enfance comme état d’innocence – alors qu’en fait, nous savons, nous éducateurs, que les enfants sont tout sauf innocents.

Mais peut-on considérer l’armée comme « une catégorie de personnes innocentes », sous prétexte qu’ils donnent leur vie à la nation ? Ils savent quand même ce qu’ils font, non ? L’armée est tout sauf innocente, elle est même nocente, si l’on puit dire : in-nocere signifie en latin « ne pas blesser ». Les innocents sont ceux qui ne peuvent pas blesser autrui. L’armée en a fait son travail, un travail dont on ne doit pas parler quand on fait partie de la Grande Muette.

Je ne pense pas que ce fait divers, aussi terrible soit-il, ait soulevé les foules parce que des militaires ont été tués. C’est parce que des enfants ont été tués, bien sûr, des enfants juifs, pour de sinistres raisons antisémites, par un imbécile taré. Je n’aime pas croire que c’est seulement parce qu’ils sont « innocents » que leur mort révolte autant, mais aussi parce qu’ils ont été fauchés par une violence à la fois froide et calculée, aveugle et démente. Qu’ils ne sont plus de ce monde sans avoir pu faire valoir leur potentiel.

Parce qu’ils sont morts en raison de leur appartenance à une religion spécifique.

Parce que ce crime est aussi un aboutissement : celui d’une haine des juifs qui existe en France aujourd’hui.

Parce que ce crime est un miroir qui nous est tendu, et que nous n’aimons pas le reflet qu’il nous rejette.

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