Star académie

Par: Jules

« Enfin, un vrai people sous la Coupole »

En ce moment, je vis une vraie tragédie. Plus dramatique que la crise grecque, plus meurtrière que les bombardements d’Homs, plus angoissant que le sourire de Ségolène: je n’ai plus d’Ipod. Et par conséquent je ne peux plus bercer mes trajets, courts ou longs, par les Partitas de l’un ou les Sonates de l’autre. C’est dur, et j’espère vite recevoir mon nouveau compagnon de route.
Soit. Il est bien connu qu’il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon coeur. C’est donc ainsi que durant le bref trajet qui me sépare de ma voiture au parking duquel mes collègues -et amis- et moi partons retrouver nos chères têtes blondes, j’écoute, comme le dit ma mère, « un-peu-s-qui-s-pass-dans-le-monde », et que j’ai découvert une chronique amusante, même si elle ne casse pas des briques, En plus, elle tombe à 6h54, heure à laquelle je suis dans ma voiture.
Le journaliste traitait mardi d’un fait divers qui m’a atterré: Patrick Poivre d’Arvor demande à entrer à l’Académie française. Atterré parce que selon ma formation de pur littéraire, je m’étais entré dans le crâne, sans jamais vraiment le réfléchir, que l’Académie était un dernier cénacle de la culture française, l’héritière et le bastion du conservatisme littéraire. Contrairement au journaliste, j’ai déjà lu et René Girard, et Philippe Beaussant, et Patrick Rambaud, et Erik Orsenna, et la plupart, pour ne pas dire la majorité d’entre eux. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être un puits de culture.
Ce côté vieux con-servateur, je l’ai et je le revendique. J’aime, ce qui en art et en littérature, est carré, droit, strict, ce qui s’épanouit et explose dans une forme cohérente. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et je n’ai jamais compris, à ce titre, la musique de Chopin ou les divagations surréalistes. Les points de suspension et les explosions beethovéniennes ne font pas partie de ma conception d’un art réfléchi et pensé. Mais pourtant je ne m’estime pas assez compétent pour juger de la pertinence de cette candidature. Spontanément, ce serait niet, il y a bien d’autres auteurs, jeunes ou moins jeunes, que l’envergure culturelle rendraient bien plus légitimes pour une défense et illustration de la langue française et qui par conséquent le mériteraient bien davantage. Cependant je n’ai lu aucun roman de Poivre d’Arvor, aucune chronique, aucun bouquin, rien. Il le faudrait, si ma patience arrive à me faire tenir jusqu’au bout.
Ce qui me gêne, en revanche, c’est l’argument qui décrète que comme Patrick Poivre d’Arvor a présenté durant vingt-cinq ans le journal du soir, il représente (ce qui est vrai) un visage connu et familier du « grand public » (quel mépris dans cette expression !), et que par conséquent cette légitimité apporterait à la vieille Académie un regain de légitimité.
Nous sommes en plein syllogisme:
– PPDA (sic) est connu, et c’est bien. (première prémisse)
– Plus personne ne connaît les membres de l’Académie française (seconde prémisse)
– Légitimons l’Académie et PPDA en intégrant l’autre dans l’un (conclusion).
Ca, en revanche, ça me gêne. Vraiment. (écrivons comme les auteurs d’aujourd’hui, après tout, c’est bien. Des phrases courtes. Expression directe. Choc de la lecture. Oui. Oui.) Car on ravale la culture, et pas son moindre symbole, à une question de goût général, de cote de popularité. Nous sommes en plein délire médiatique, et cela est bien représentatif du mode de pensée contemporain. Agir, décider sous le coup de l’impulsion, de l’affect, et indépendamment des qualités intrinsèques de telle ou telle décision. On aime « les types bien » et non pas ce qu’ils font, effectivement, de bien, donc pour être estimé et reconnu il faut être populaire. Pas compétent, fin, droit, honnête ou incorruptible, non non, juste populaire. Se faire estimer du vulgus, jouer la carte du rapprochement et de l’affectivité. Et voir que ce mode de pensée vient jusqu’à fissurer une institution qui n’a cure, en principe, de se faire apprécier ou connaître, est un signe de pauvreté culturelle et intellectuelle relativement inquiétant.

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