De frivolitas

Par:Elle

«Demain je travaille, je ne vais pas faire l’amour la veille de la rentrée».

Il fallait au moins ça pour me donner envie d’écrire le premier billet ici. Au milieu des réflexions en tout genre, autour de sujets ô combien sérieux, un peu de frivolité ne devrait pas faire de mal. La frivolité c’est le bien, après tout. Nous pourrions profiter de cette érotico-philoso-culturo citation pour converser autour du poids du travail sur notre quotidien, de l’impact du stress sur notre sexualité, citer telle ou telle grande référence de la littérature, invoquer les grands esprits scientifiques, argumenter à coups de Sade, de Freud, ou pire encore de Beigbeder… il n’en sera rien, nous nous contenterons de souligner que le Mâle d’aujourd’hui à une conscience professionnelle des plus développées, qu’il préférera arriver frais et dispo un jour de rentrée que de passer une nuit de folie ( folies). Nous ajouterons que, sans nul doute, le Mâle d’aujourd’hui, ayant le cerveau plus développé que cette autre part de son anatomie qui pourtant le définissait trop souvent jusque là ( oui, oui, vous pensez à la même que moi) préférera la masturbation cérébrale aux plaisirs défendus. Nous finirons par conclure, que, peut être, tout en chantonnant les Beatles et en repassant ses chemises pour la semaine, le Mâle d’aujourd’hui regrette déjà cette réplique, se dit déjà, que, la prochaine fois, il réfléchira avant de parler, qu’il tournera sept fois la langue dans sa bouche à défaut, désormais, de pouvoir le faire dans la bouche d’une autre.

Il est de ces phrases qui vous laissent sur le séant, de ces phrases qui sont jetées comme des filets à la mer, qui font sourire quand elles sont dites, qui amènent un regard plein d’auto-satisfaction, un trait d’esprit, une réplique qui fait mouche… il est de ces phrases qui, sans même l’avoir voulu, vous assureront une nuit calme et reposante, une semaine tranquille et apaisante, voire même une fin de mois douce mais chiante.

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Divagations sud-américaines

Par: Jules

« Toi, qui me lis, es-tu sûr de comprendre ma langue ? »

La lecture du billet de Jon, inévitablement bolanien devant l’éternel -note: lire un Bolano avant la fin de l’année- m’a fait repenser, dans sa conclusion quelque peu pessimiste, à une nouvelle dont la lecture a transformé ma vision du monde: « la bibliothèque de Babel », tiré des Fictions de Jorge Luis Borges. (lecture libre ici ou pour les hispanistes)
Je ne reviens pas sur le récit de cette nouvelle: il est d’ailleurs assez inconsistante et le narrateur borgésien en parle bien mieux que moi. J’en avais d’ailleurs déjà parlé. Ce qui me paraît vertigineux, en revanche, est l’implication que soulèvent les enjeux de ce texte. Et je suis incapable d’ouvrir un livre et d’en parler à peu près convenablement sans que les terribles prémices borgesiens ne me reviennent en tête. Ce livre, que je tiens entre mes mains, toi lecteur qui parcours avec bienveillance les lignes de cet article es-tu entrain de lire Jules et seulement lui, ou ces signes apparemment méticuleusement ordonnés par la syntaxe ne désignent-ils pas complètement autre chose dans un autre idiome disparu ou à venir ?
Peut-on parler d’une imposition du sens ? Si la réalité historique devient maintenant concurrencée par Wikipédia, là où en venait Jon dans son article, et donc falsifiable à loisir (ce qui n’est pas sans évoquer 1984, dans lequel les actes de naissance, l’actualité et les archives sont constamment modifiés), notre histoire, nos existences individuelles deviennent aussi instables que du sable coulant dans nos mains (il serait curieux de savoir s’il existe deux grains de sable identiques). Et par conséquent nos actions n’auraient plus aucun sens, si ce n’est celui dicté par notre propre morale et l’inflexion que nous voulons leur donner. Poussière indétectable perdue dans l’infini d’Internet.
Voilà qui donne l’impression d’être dans un sablier avant de redevenir poussière.

Prémices teintés de mauvaise foi, par ailleurs: il y a toujours, un discours

L’âge de la Fiction Universelle

Par: Jon

« Est-ce que le vrai Dr Hans Conrad Julius Reiter a fait croire à sa mort, a changé son nom, et est devenu romancier en Amérique du Sud sous le pseudonyme de J.M.G. Arcimboldi, ou est-ce que les fans de Bolaño ont piraté le wikipédia espagnol? »

Aujourd’hui, en cherchant une photo de Roberto Bolaño pour la (somptueuse) bannière de ce blog, je suis tombé sur un article très intéressant traitant de 2666 de Bolaño (son opus magnum), de la banalité du mal, de Hannad Arendt, et de Hans Reiter. Reiter est un des personnages de 2666 et j’ai appris dans cet article que ce personnage d’écrivain obsédé par la natation sous-marine et la botanique (qui dans le roman publie sous le nom de plume Benno Von Archimboldi) a le même nom qu’un criminel de guerre nazi – ironie bolanienne typique. La référence au peintre maniériste italien Arcimboldo est récurrente chez Bolaño: on se souvient que dans Les détectives sauvages, autre grand ouvrage de l’auteur de 2666, il est fait mention d’un certain J.M.G. Arcimboldi – modelé sur notre Prix Nobel national J.M.G. Le Clézio.

Ce qui m’a le plus surpris est cette phrase en fin d’article: les fans de l’auteur chilien ont-ils piraté le wikipédia espagnol afin de faire correspondre la fiction et la réalité? J’ai lu les pages wikipédia française et anglaise de Hans Reiter (le vrai), et aucune ne fait mention d’un passage en Amérique du Sud. Il faut donc en conclure à un canular (très bolanien, pour le coup) – ou bien à autre chose?

Il est possible que nous soyons arrivés à un âge où la mémoire de l’humanité est stockée non plus dans les livres, mais sur Internet, dans des encyclopédies en ligne comme Wikipédia; or, Internet change constamment. Si l’Histoire est faite par la mémoire, qu’adviendra-t-il si on change la mémoire? Certains internautes croient déjà que Hans Reiter a véritablement changé d’identité et est mort en Argentine sous le pseudonyme de J.M.G. Arcimboldi.

Nous voyons peut-être l’avènement de l’âge de la Fiction Universelle, dans laquelle on adaptera la mémoire et l’Histoire en fonction de nos envies?

Hésitations

Par: Jules

 » Je suis pas sûre d’être à la hauteur… »

Voici ce qu’une voix aimée et amie m’a glissé hier par l’intermédiaire d’un SMS quant à la proposition de participer à l’écriture de ce blog. En effet, quand je lui en ai parlé dans l’après-midi, la réaction fut quasi-immédiate: « euh, il y aurait une petite place pour une contributrice ? ». Et quelques heures plus tard, voici les hésitations qui commencent à poindre et à transparaître à travers le granit de l’enthousiasme primitif. Pour des raisons irrationnelles, d’ailleurs, elle n’est ni illettrée, ni stupide, capable d’une bonne capacité d’analyse, avec une acidité délicieusement mordante… Tout est bon, y compris Jon qui a donné son feu vert.
Restent les fameuses hésitations, les procrastinations qui nous font dire que l’on ne sera pas à la hauteur (à la hauteur de quoi, d’ailleurs ?), de manière si lancinante qu’on finit par laisser tomber ou par faire une tentative si vaine qu’elle semble presque minée de l’intérieur.  J’ai envie de répondre à cette citation par une autre, qui résume bien plus intelligemment que moi ce que j’ai envie de dire: « la peur de la chose est pire que la chose elle-même ». Et je prends de plus en plus conscience de la véracité de cette phrase.

Donc oui, rassure-toi, tu es à la hauteur. Tu prends les manettes quand tu veux.

Inauguration

Par: Jules

« Et si on faisait un blog ensemble ? »

Le lieu du crimeCette proposition a été lancée il y a quelques années déjà par je ne sais lequel d’entre nous, dans je ne sais quel bar, au détour de je ne sais quel verre.
Jon et Jules, deux amis avant tout, deux blogueurs aussi, travaillant de manière différente mais complémentaire. Deux amoureux de la littérature, de la vie, des gens en général. Et depuis pas mal de temps, donc, cette idée d’un projet commun nous travaillait. Nous manquait l’objet: de quoi allions-nous parler ?
Le cahier des charges était dense: il nous fallait quelque chose d’original, de drôle, de relativement concis, d’intellectuellement stimulant, ayant une prise sur le hasard, l’aléatoire, le fragment tout en reflétant tout de même une part de notre quotidien de trentenaires. Un sujet dont on puisse parler le soir autour d’une bière, et non réservé à quelques happy fews. Suffisamment léger pour n’être surtout pas pris au sérieux, mais pouvant être porteur de réflexions intéressantes. Que l’on se dise « qu’ils sont cons ces mecs », mais aussi « mais quand même. »
Il a fallu quelques bières, une bouteille de rouge, des disques de Queen et des heures de déconnade pour que le concept s’impose: au lieu de commenter très sérieusement, comme notre formation nous a habitués à le faire, de belles phrases écrites par des gens très intelligents sur des sujets absolument inutiles; nous exercerons cet exercice sur des réflexions issues de notre quotidien, lues ou entendues, par n’importe qui: un collègue, un inconnu, un ami, un jeune, un vieux… La phrase qui nous aura paru de bon aloi sera dûment discutée ici, de manière libre, particulièrement si l’humour et la mauvaise foi s’en mêlent. Du plus trivial jaillit souvent le plus pertinent.
Bien sûr, quelques règles internes s’imposent: fréquence, longueur, régularité… Ce blog devant s’écrire à quatre mains, il y aura nécessairement quelques couacs. Mais l’idée est lancée, elle paraît contenir tout ce que nous voulions.Il y restera les contributions des lecteurs, qui pourront être publiées en tant qu’article complet si leur qualité s’impose d’elle-même.

Cher lecteur(trice), bienvenu(e), et bonne lecture !